Sclerotinia

Malgré l'essor des produits et méthodes de lutte alternatifs, les bioagresseurs telluriques restent aujourd'hui un sujet d'inquiétude majeur pour les producteurs céréaliers et légumiers en agriculture biologique. Présents partout en région Hauts de France, pénalisants pour le rendement comme pour la qualité des productions, leur gestion s'avère souvent très problématique pour les producteurs. 

Si une rotation longue et diversifiée reste aujourd'hui le principal levier de gestion contre ces bioagresseurs, cette dernière ne suffit pas toujours à éviter l'apparition et le développement de ces derniers. Afin de mieux lutter contre ces derniers, Agro-Transfert, en lien avec ses partenaires techniques, vous propose plusieurs ressources pour limiter le développement de ces derniers.

Vous trouverez dans les onglets ci-dessous: 

-Des éléments de compréhension du cycle de vie et de la biologie du bioagresseur concerné afin de mieux appréhender la lutte contre ce dernier

-Un listing des principaux leviers de gestion existants contre ce dernier, présentant leur efficacité potentielle et le degré de connaissances actuel de ces leviers, ainsi que le renvoi aux publications détaillant ces leviers.

-Une fiche calendrier vous présentant succinctement les solutions techniques possibles à mettre en place en fonction du mois de l'année et du cycle de vie du bioagresseur.

Les documents complets sont disponibles au téléchargement en bas de chaque onglet.

Maitriser le sclerotinia

CONTACTS

Anicé Anger
03 22 85 35 22
a.anger@agro-transfert-rt.org

Biologie
Leviers de Gestion
Calendrier d'Intervention
Description générale

Sclerotinia sclerotorium est un champignon ascomycète largement répandu de par le monde. Celui-ci est capable de s’attaquer à de nombreux hôtes (plus de 400 espèces végétales, cultivées ou adventices) et frappe notamment de nombreux légumes, tous stades physiologiques confondus.


En plus des dégâts observés, le champignon est aisément reconnaissable par différentes structures durant son développement, que ce soit sur la plante, à la surface du sol ou sur les résidus de culture.


A noter qu’en plus de Sclerotinia sclerotiorum, extrêmement polyphage, on dénombre également d’autres espèces de Sclerotinia, plus ou moins spécifiques de certaines espèces ou familles, avec un cycle de vie s’apparentant à celui de sclerotiorum


• Sclerotinia sclerotiorum (commune sur la plupart des espèces sauf alliacées et graminées)
• Sclerotinia cepivorum (Alliacées)
• Sclerotium rolfsi (Solanacées-Cucurbitacées)
• Sclerotinia minor (laitues-chicorées)

Dégâts observés

Au champ


Comme cité plus haut, le champignon cause des dégâts chez de nombreuses espèces cultivées, en plein champ comme sous abris. Tous les stades peuvent être atteints, mais c’est au stade plantule puis ensuite à la fin du cycle que les dégâts de Sclerotinia sont les plus importants.


Le champignon s’attaque aux tiges (près du sol) et aux fruits des solanacées et des cucurbitacées : aux tiges, feuilles et gousses des haricots et des pois, aux collets (et racines de surface) des céleris, carottes, choux, salades et endives lors du forçage ; aux racines, bulbes et plateaux des alliacées. Il est également responsable d’une mortalité importante des jeunes plantules au semis comme à la plantation.


Les tissus infectés se ramollissent, deviennent spongieux puis se couvrent d’un feutrage blanc très dense, le mycélium, sur lequel apparaissent les sclérotes, d’abord blancs puis noirs et durs. Dans le sol, le feutrage mycélien abondant facilite la progression du parasite de racine à racine, créant d’importants foyers d’infection. Les infections des racines et du collet via le mycélium présent dans le sol peuvent provoquer des lésions sur le feuillage et les tiges, mais ces dernières sont également causées par les spores produites par les apothécies.


Lorsque le feuillage se rejoint entre les rangs, les premiers symptômes peuvent passer relativement inaperçus. Ces dégâts entrainent une réduction du rendement, due, d’une part à la réduction de la masse foliaire, et d’autre part, à la non-récolte de racines, en relation avec le niveau d’attaque. Au moment de la récolte par préemption des feuilles, des pétioles cassent, ne permettant pas l’arrachage.

En conservation


Le champignon peut se développer dans les locaux de stockage ainsi que chez le consommateur, ce qui s’avère pénalisant pour le produit et la filière.


Au stockage, les dégâts sont relativement identiques à ceux observés au champ. Les légumes contaminés par Sclerotinia présentent un abondant feutrage blanc. Dans certains cas, on aperçoit des gouttes brunes et gommeuses. Peu à peu, de gros sclérotes blancs (noirs à maturité) se forment sur ce feutrage, tandis que les légumes commencent à pourrir, pouvant entrainer un écoulement, visible notamment lors du stockage en palox.

Cycle de développement

Le Sclerotinia ne se développe que dans la couche superficielle du sol (10 premiers centimètres). En profondeur, sa croissance est inhibée par la trop forte concentration en CO2 et par l’obscurité. Les sclérotes s’y conservent inactifs jusqu’à ce qu’ils soient ramenés à la surface par les façons culturales. Ils ont besoin d’au moins 12 heures de lumière pour germer.


La première contamination se fait par le mycélium présent dans le sol ou issu de la germination d’un sclérote. Ce dernier contamine les racines superficielles de la plante hôte et peut émettre des fructifications produisant des spores capables de contaminer les organes aériens proches du sol (base de la tige, feuilles et fruits les plus bas). Le champignon pénètre dans la plante via des organes morts ou sénescents puis s’attaque aux tissus et les désagrège.


Le Sclerotinia peut aussi se transmettre par les semences, les eaux de ruissellement, les outils contaminés ou les résidus de cultures précédentes insuffisamment enfouis. Le Sclerotinia peut se conserver pendant au moins cinq ans dans le sol (et jusqu’à 12 ans, parfois plus encore, soit sous forme de sclérotes très robustes soit sous forme de mycélium sur les résidus de culture. La maladie est favorisée par une humidité et une température élevées (optimum entre 18 et 25°C).


Sclerotinia fait partie des champignons dit nécrotrophes. À peu près 90 % de son cycle se fait dans le sol. Les sclérotes sont des structures dures composées d’une enveloppe extérieure noire comprenant environ trois couches de cellules qui servent de protection en particulier contre les micro-organismes, et à l’intérieur d’une large portion médullaire composé de cellules fongiques. Les sclérotes peuvent donner naissance soit à des apothécies (forme sexuée, germination carpogénique), soit à du mycélium (germination mycéliogénique).

Conditions favorables au développement

S. sclerotiorum est capable de se développer entre 2 et 30 °C, avec un optimum situé légèrement en dessous de 20 °C.


La viabilité des sclérotes est réduite par les hautes températures. Ainsi, les études ont montré que des sclérotes situés entre 0 et 5 cm, exposés à des températures de 33, 31, 26 ou 19 °C pendant 8 semaines, démontraient des viabilités respectives de 19, 32, 45 et 73 % (Matheron et Porchas, 2001). Ces températures sont souvent observées dans les sols landais ce qui peut expliquer la difficulté à retrouver des sclérotes viables dans ce type de sol.


Concernant les faibles températures, Le Cam et al. (1993) ont montré que S. sclerotiorum pouvait faire d’importantes lésions à 5 °C, mais par contre ne se développe quasiment pas à 0,5 °C pour des carottes en conservation en chambre froide.


Ce sont les conditions environnementales qui déterminent le mode de germination des sclérotes, favorisé dans tous les cas par une forte humidité de la parcelle.

Contamination par spores


Les apothécies sont issues des sclérotes et sont considérées comme la principale source d’inoculum pour les infections foliaires.


Le développement des apothécies est stimulé lors des périodes supérieures à 10 jours où le sol présente une humidité élevée (0 à 0,3 bars), des températures relativement fraiches (entre 4 et 20 °C) et lorsque le feuillage des cultures est particulièrement dense. L’optimum de température pour que le sclérote produise des apothécies serait situé entre 11 et 15 °C (germination carpogénique des sclérotes). Une apothécie est fonctionnelle de 5 à 10 jours dans les conditions extérieures et peut produire plus de 2.106 ascospores.


Les ascospores formées à l’intérieur de l’apothécie sont disséminées par les courants d’air. La plupart des ascospores sont déposées à moins de 100 m de la source, mais certaines peuvent atteindre plusieurs kilomètres (Abawi et Grogan, 1979). Une étude récente a cependant montré que la majorité des ascospores se déposait dans les 10 m autour de l’apothécie (Wu et al., 2011).


Les ascospores disséminées ont besoin d’une source de nutriments exogènes pour pouvoir coloniser des tissus. Ces nutriments peuvent être des pétales, des vrilles ou du pollen. Cette source de nutriments peut être également constituée de tissus sénescents ou morts en contact avec des tissus sains. A titre d’exemple, dans le cas de la carotte, ce sont souvent les feuilles de la base et les taches dues à l’alternaria ou à la cercosporiose qui servent de porte d’entrée à Sclerotinia. Une fois les tissus sénescents infectés par le mycélium issu de l’ascospore, ce dernier se développe à l’intérieur des tissus sains. Pour que l’infection par les ascospores réussisse, il faut que les conditions environnementales citées plus haut se maintiennent pendant 20 à 30 heures.


En fonction de leur position dans le feuillage et des conditions environnementales, les ascospores non germées peuvent survivre jusqu’à 12 jours (Steadman, 1983).

Contamination par mycélium


Le mycélium se situe généralement dans les cinq premiers centimètres du sol du fait de sa sensibilité aux fortes teneurs en CO2. Son développement, ainsi que la production de sclérotes sont optimum entre 16 et 25 °C (Abawi et Grogan, 1975) mais des attaques liées au mycélium peuvent avoir lieu à température plus basse si l’humidité relative est supérieure à 85 %.


Le mycélium issu de la germination des sclérotes est capable de pénétrer directement dans la plante mais requiert une source d’alimentation exogène pour être infectieux (Abawi et Grogan, 1975 ; Lumsden 1979). Le mycélium issu des sclérotes possède en effet dans un premier temps une faible capacité saprophytique et n’est pas capable d’infecter une plante située à plus de 2 cm de la source (Newton et Sequeira, 1972 ; Williams et Western, 1965).

 

Bibliographie

Abawi g.s et Grogan R.G, 1979. Epidemiology of diseases caused by Sclerotinia species. Phytopathology, 69: p899-904. Disponible en ligne: https://www.apsnet.org/publications/phytopathology/backissues/Documents/1979Articles/Phyto69n08_899.PDF


Abawi G.G et Grogan R.G, 1975, Source of primary inoculum and effects of temperature and moliture on infection of beans by Whetzelinia sclerotiorum. Phytopathology65 p300-309. Disponible en ligne: https://www.apsnet.org/publications/phytopathology/backissues/Documents/1975Articles/Phyto65n03_300.PDF


Collectif, 2018, Contans WG contre le sclérotinia : mode d’emploi, Guide de protection des cultures UNILET. Disponible en ligne : https://ecophytopic.fr/sites/default/files/2020-04/UNILET-ContansWG-2018.pdf


Collectif, Légumes spécial Sclerotinia, Les spéciaux d’Agridyne, Equipe technique Agridyne. Disponible en ligne : http://www.agridyne.fr/speciaux/legumes/sclerotinia-legumes


Collectif, 2005, La lutte biologique en traitement de fond contre le sclerotinia, Unilet informations n°121, Unilet. Disponible en ligne : http://info.unilet.fr/pdf/121/p15_17.pdf


Lumsden, 1979, Histology and physiology of pathogenesis in plant desease caused by Sclerotinia species. Phytopathology, 69 p890-896. Disponible en ligne: https://www.apsnet.org/publications/phytopathology/backissues/Documents/1979Articles/Phyto69n08_890.PDF


Matheron, Porchas , 2001. Impact of soil moisture and temperature on viability of Sclerotinia minor and S. sclerotorium. Young CS, Hughes KJD, eds. Proceedings of Sclerotinia 2001- The XI International Sclerotinia Workshop, York 8th-12th July 2001, York, Engalnd: Central science laboratory, York, England: Central Science Laboratory, York, England, p 29-30. Disponible en ligne: https://www.researchgate.net/publication/249304728_Influence_of_Soil_Temperature_and_Moisture_on_Eruptive_Germination_and_Viability_of_Sclerotia_of_Sclerotinia_minor_and_S_sclerotiorum


Newton, Sequeira, 1972. Ascospore as the primary infective propagule of Sclerotinia sclerotiorum in Wisconsin. Plant diseases reporter, 56: p 798-802. Disponible en ligne: https://www.cabdirect.org/cabdirect/abstract/19721302993


Schwartz et. Steadman, 1978, Factors affecting sclerotium populations of, and apothecium production by, Sclerotinia sclerotiorum. Phytopathology 68: 383-388. Disponible en ligne: https://www.apsnet.org/publications/phytopathology/backissues/Documents/1978Articles/Phyto68n03_383.pdf


Steadman, 1983, White mold – a serious yield-limiting disease of bean, Plant disease, 67 p346-350. Disponible en ligne: https://www.apsnet.org/publications/PlantDisease/BackIssues/Documents/1983Articles/PlantDisease67n04_346.PDF


Villeneuve, 2017 rencontre technique sclerotinia, un parasite sous haute surveillance, Infos CTIFL n°335. Disponible en ligne : http://www.ctifl.fr/ecophytopic/infos_ctifl/infos335/335p9-12.pdf


Villeneuve, 2015, Pour une protection efficace contre le sclerotinia, le projet de recherche scleroleg INFOS CTIFL n°316. Disponible en ligne : http://www.ctifl.fr/ecophytopic/infos_ctifl/infos316/316p46p55.pdf

Leviers de Gestion Sclerotinia 1
Leviers de Gestion Sclerotinia 2
Leviers de Gestion Sclerotinia 3
Leviers de Gestion Sclerotinia 4

Bibliographie

A) Villeneuve, 2015, Pour une protection efficace contre le sclerotinia, le projet de recherche scleroleg INFOS CTIFL n°316. Disponible en ligne : http://www.ctifl.fr/ecophytopic/infos_ctifl/infos316/316p46p55.pdf

B) Hascoët et al., 2012, MFE Adaptation d’un modèle de prévision des risques sclerotinia à la culture du haricot, UNILET. Disponible en ligne : https://dumas.ccsd.cnrs.fr/file/index/docid/741849/filename/Camille_Hascoet_Adaptation_modele_prevision_risques_sclerotiniose_culture_haricot.pdf

C) Lambion, 2004, GRAB, Le sclerotinia en AB, la lutte est possible, alteragri n°66. Disponible en ligne : http://www.itab.asso.fr/downloads/AlterAgri/AA66.pdf

D) Collectif, 2005, La lutte biologique en traitement de fond contre le sclerotinia, Unilet informations n°121. Disponible en ligne : http://info.unilet.fr/pdf/121/p15_17.pdf

E) Meslin et al, 2012, Biologie et Ecologie des Pathogènes des légumes, Programme EcoPhytoSys Legumes. Disponible en ligne : https://www.picleg.fr/content/download/3817/36454/version/1/file/BEPaL%202012.pdf

F) Villeneuve, 2011, Sclerotinia chez la carotte, un problème ancien en recrudescence, Infos CTIFL n°274. Disponible en ligne : http://www.ctifl.fr/ecophytopic/infos_ctifl/infos%20274/274p26-32.pdf

G) Unilet Infos, 2008, Sclerotiniose du haricot-Mise au point d’une grille de risque en Bretagne, N°130. Disponible en ligne : http://info.unilet.fr/pdf/130/p16_17.pdf

H) Collectif, 2017, Cultures légumières, les experts sur la piste du sclérotinia, juin 2017 Unilet infos, n°156. Disponible en ligne : http://info.unilet.fr/pdf/156/p16_17.pdf

I) Collectif, 2020, Guide de protection des cultures 2020, Unilet, p61

Partenaires

bandeau partenaires vivlebio1